Aller au contenu

Initiatives

Monnaies locales : une solution pour les territoires ?

Heol à Brest, Buzuk au pays de Morlaix, Galléco en Ille-et-Vilaine, Bizh autour de Vannes : la Bretagne compte une douzaine de monnaies locales citoyennes, l'un des réseaux les plus denses d'Europe. Elles ne remplacent pas l'euro, elles le font tourner sur place. Peuvent-elles vraiment changer quelque chose pour un territoire ?

Une monnaie qui reste au pays

Une monnaie locale complémentaire s'échange à parité avec l'euro : dix euros donnent dix Heol, dix Galléco ou dix Bizh. Les euros déposés ne disparaissent pas : ils forment un fonds de garantie placé auprès d'une banque éthique, le plus souvent La Nef ou le Crédit Coopératif, qui les prête à des projets de l'économie sociale et solidaire.

La monnaie, elle, ne s'utilise que chez les commerçants, artisans, producteurs et associations adhérents du réseau. Un professionnel qui en reçoit a donc tout intérêt à la dépenser à son tour chez un fournisseur local plutôt qu'à la reconvertir : la reconversion en euros lui est réservée et s'accompagne souvent d'une petite commission. C'est tout le principe : chaque billet circule plusieurs fois dans le même bassin de vie avant d'en sortir.

Un cadre légal depuis 2014

Les monnaies locales sont reconnues par la loi relative à l'économie sociale et solidaire du 31 juillet 2014, qui a créé les articles L. 311-5 et L. 311-6 du Code monétaire et financier. Elles doivent être émises par une structure de l'économie sociale et solidaire dont c'est l'unique objet, le plus souvent une association, et relèvent de la réglementation des services de paiement dès qu'elles en ont l'activité, ce qui est le cas de leurs versions numériques.

Le réseau breton

En 2021, on dénombrait douze monnaies locales citoyennes en Bretagne historique :

  • Heol : pays de Brest
  • Buzuk : pays de Morlaix
  • Pezh : Trégor et Goëlo
  • Segal : pays de Lorient
  • Bizh : pays de Vannes
  • Bif : Belle-Île-en-Mer
  • Ourse : du pays de Questembert à Férel
  • Galais : pays de Ploërmel
  • Galléco : de Rennes au pays de Redon
  • Maillette : pays de Rance
  • Rozo : pays de Saint-Nazaire
  • Moneko : Loire-Atlantique

Ensemble, elles faisaient alors circuler environ 300 000 euros et réunissaient quelque 6 000 acteurs, dont un millier d'entreprises adhérentes. À l'échelle de la France, le Mouvement Sol recensait la même année 82 monnaies locales, utilisées par près de 40 000 personnes chez près de 10 000 professionnels.

Depuis septembre 2020, ces monnaies réfléchissent à une monnaie commune utilisable dans toute la région, chacune gardant son identité. Le réseau se retrouve chaque année lors de la journée « La Bretagne fête ses monnaies locales », dont l'édition 2025 était organisée par la Bizh.

Ce qu'elles apportent aux territoires

  • Des achats qui restent sur place. Une monnaie qui ne s'accepte que localement ne part ni vers une plateforme en ligne ni vers une enseigne nationale. Elle profite au boulanger, au maraîcher, à la librairie du bourg.
  • Un financement de l'économie locale. Les euros du fonds de garantie ne dorment pas : la banque éthique qui les détient les prête à des projets de l'économie sociale et solidaire.
  • Un réseau de professionnels. Adhérer, c'est entrer dans un annuaire de commerces et d'artisans qui se recommandent entre eux et se fournissent les uns chez les autres.
  • Un outil de sensibilisation. Payer en Heol ou en Galléco, c'est se demander d'où vient ce que l'on achète. Les monnaies locales sont aussi des associations d'habitants, qui organisent rencontres, marchés et débats.

Et leurs limites

Les volumes restent modestes face à l'euro : quelques centaines de milliers d'euros à l'échelle de la région. Le réseau d'acceptation fait la force d'une monnaie locale, et il est plus difficile à construire en ville qu'à la campagne : les acteurs du Galléco ont eux-mêmes reconnu que la dynamique prenait mieux autour de Redon qu'à Rennes. Leur fonctionnement repose largement sur le bénévolat.

Les collectivités, enfin, peuvent accepter une monnaie locale pour le paiement de services publics, à condition de signer une convention avec l'association qui l'émet. Mais une personne publique a encore du mal à payer elle-même en monnaie locale : une proposition de loi déposée au Sénat vise à lever ce frein.

Alors, une solution ?

Pas une solution à tout, mais un levier concret. Une monnaie locale ne relance pas à elle seule l'économie d'un pays, elle oriente une partie de la consommation vers les commerces et producteurs de proximité, finance l'économie solidaire et tisse des liens entre habitants et professionnels. Pour une commune ou une intercommunalité, soutenir la monnaie de son bassin de vie, l'accepter pour ses services ou la faire connaître est une manière simple d'encourager le commerce local.

Pour aller plus loin

Tous les articles : Initiatives